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Combien de Madrilènes différents doit-on s’attendre à rencontrer dans la capitale espagnole ? Il y a fort à gager que depuis bien longtemps on ne peut plus résumer ses habitants à quelques stéréotypes. La raideur empesée de la cour des Habsbourg ou l’élégance policée des Madrilènes des débuts des Bourbons sont déjà loin. Alors, doit-on chercher ce parfum désuet et empesé de bourgeoisie bien-pensante que l’on a voulu longtemps lui associer, comme pour mieux la distinguer de la vibrionnante Barcelone, de la chaude Séville, de l’industrieuse Bilbao ? Ou bien trouvera-t-on l’effervescence bruyante et colorée de la post-movida, sur les traces déjantées des héros d’Almodóvar ? Madrid a tant de fois fait sa révolution que son image en est brouillée. Le Madrilène type est-il celui qui prit d’assaut la Puerta del Sol en 1808 pour bouter les Français hors de la ville ? Est-il l’anarcho-syndicaliste qui fomentait la révolution dans les caves enfumées du début du 20e s. ? Est-il le monarchiste sage qui regardait alors avec condescendance les élucubrations des prosateurs surréalistes ? La chic bourgeoise en vison opulent qui arpente les allées du Retiro est-elle la fille des républicains qui tinrent les barricades de la ville au mépris de leur vie, quand les troupes de Franco voulaient s’emparer du pouvoir ? Et les manifestants de la droite dure qui hurlent contre un Zapatero trop « permissif » ont-ils encore à voir avec l’église puritaine, omnisciente et autoritaire qui maintint si longtemps la censure ? À cet égard, les manifestations massives de la droite nationaliste à Madrid, en mars 2007, ont montré que la capitale demeure un bastion conservateur. Mais cela ne doit pas faire oublier que la ville est pleine de paradoxes…