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La Ville éternelle fit certes succomber bien des écrivains étrangers, mais c’est sous la plume de « Romains de Rome » tels Moravia ou Pasolini, que cette ville si contrastée nous apparaît le mieux.
Alberto Moravia (1907-1990) reste sans doute encore aujourd’hui le plus connu des écrivains italiens. Amoureux de sa ville natale qu’il décrit sans relâche, il stigmatise l’apathie et l’inaptitude sociale de la bourgeoisie romaine (Les Indifférents, L’Ennui). En revanche, il porte un regard tendre et amusé sur les classes sociales les plus pauvres dans les Nouvelles Romaines, La Romaine et La Ciociara. Cette œuvre puise son inspiration dans la période de clandestinité à l’époque fasciste dans l’arrière-pays romain que Moravia partagea avec sa compagne Elsa Morante (1918-1985). Cette dernière, romaine elle aussi, fut révélée au grand public par son roman Mensonge et sortilège, puis obtint en 1957 le prix Strega – la plus haute distinction littéraire italienne – pour L’Île d’Arturo. La Storia, paru vingt ans plus tard et porté à l’écran par Luigi Comencini en 1986 (avec dans le rôle d’Ida, Claudia Cardinale), a été considéré comme l’un des plus grands romans du 20e s.
Par certains côtés, quelques personnages de Moravia annoncent Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Poète, romancier, critique, metteur en scène, dramaturge et réalisateur, Pasolini a tracé un tableau réaliste et sans concessions du sous-prolétariat romain dans ses romans Les Ragazzi et Une vie violente.
Né à Milan, Carlo Emilio Gadda (1893-1973) est l’auteur d’une œuvre puissante et truculente caractérisée par le mélange des genres (de la bouffonnerie au drame) et son travail sur la langue : usant du dialecte comme de l’argot, il crée un langage très personnel. Sa « période romaine », entamée lors de son installation en 1950 dans la capitale, est marquée par son roman le plus connu, L’Affreux Pastis de la rue des Merles (1957), représentation réaliste de la capitale fasciste à travers tous les milieux sociaux, de la haute bourgeoisie aux petites gens.