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Le Queyras ou la montagne comme vous ne l'avez jamais vue !

Le Queyras ou la montagne comme vous ne l'avez jamais vue !

Emmanuel Tresmontant - 16-12-2009

Pour le philosophe Michel Serres, qui s'y réfugie chaque année, le Queyras est "l'un des rares lieux de France et du monde où le tourisme n'a rien dévasté"...

Le temps d'un week-end, cette forteresse naturelle préservée des remous de la civilisation vous fascinera par sa beauté et son calme.
 
Le plus grand château fort des Alpes
 
Vu du ciel (l'aéroport de Saint-Crépin vous propose de survoler le Parc Naturel Régional à bord d'avions légers, à 3000 m d'altitude), le Queyras ressemble à un château fort taillé dans le roc. Guillestre en ouvre la porte au sud, le col d'Izoard, rendu célèbre par le Tour de France, en marque la limite au nord et la frontière italienne le borde à l'est. De hauts verrous glaciaires* en forment les donjons, paradis des alpinistes, comme celui qui, passé la Maison du Roi**, s'élève vers Ceillac et le lac Sainte-Anne, ou cet autre qui, passé Ville-Vieille, donne accès au charmant petit village de Molines où nous avons posé notre balluchon.
 
Dessinant un quadrilatère, les murailles du Queyras sont aussi pourvues de tourelles qui semblent prévenir les habitants des agressions extérieures, comme le fameux Pain de Sucre (3208 m) ou le célèbre Viso d'Italie (3841 m) accessible par l'arête est à partir du refuge Quintino Sella. Jusqu'à la construction d'une route carrossable en 1856, on entrait encore dans le Queyras en traîneau, l'hiver, et il fallait la journée pour relier Mont-Dauphin à La Monta par un chemin muletier. Cette géographie insulaire explique pourquoi des générations de persécutés, Cathares, Protestants, Piémontais et Juifs, vinrent ici trouver refuge. Aujourd'hui, avec ses huit villages de montagne et son silence sidéral, le Queyras accueille tous ceux que la vie moderne accable…
 
Premier jour : de Mont-Dauphin à Molines, à la découverte d'une histoire méconnue
 
Taillée dans la roche, la D 902 est encore l'unique voie d'accès au Queyras. À partir de la N 94, elle longe le village de Mont-Dauphin, fortifié par Vauban, traverse Guillestre puis surplombe de 150 m les magnifiques gorges du Guil, rivière qui prend sa source au pied du Viso à 2510 m.
 
Prendre dès lors la direction de Château-Queyras. Juchée au sommet d'un piton rocheux, cette fantastique et brumeuse forteresse du 14e s. évoque le château de Dracula***... À ses pieds, le hameau de Château-Ville-Vieille est l'ancienne capitale de la république du Queyras, qui comprenait jusqu'en 1713 le Piémont et le duché de Savoie****. Cette république supprimée par la révolution en 1794 était née, au début du 14e s., du désir des montagnards de s'unir pour organiser la survie collective. Vous pourrez admirer au premier étage de l'ancienne mairie "l'armoire aux huit serrures", un magnifique travail d'ébénisterie daté de 1773. Cette armoire contenait les archives de la vallée. Pour l'ouvrir, chaque commune devait apporter sa clef en présence des autres, un bel exemple de démocratie locale !
 
La plus haute commune d'Europe
 
Empruntant la D 5, il est temps désormais de monter vers Saint-Véran, la plus haute commune d'Europe (2990 m). Ce petit chef-d'oeuvre de rusticité, classé parmi les plus beaux villages de France, a survécu au froid (il gèle ici 200 jours par an !) et aux incendies. Ses chalets typiques sont tous construits en travers de la pente et exposés plein sud. Le but n'était pas de faire entrer le soleil dans les maisons mais de permettre aux céréales, conservées sur de grands balcons, d'arriver à maturité après la récolte.
Le chalet le plus impressionnant est celui du Soum (appellation qui autrefois désignait les deux maisons situées à chaque extrémité des villages) qui date de 1641 et qui a été transformé en écomusée. Remarquez aussi les vieux cadrans solaires qui ornent les façades, les fontaines en mélèze, les croix oratoires, les fours banaux, les portes gravées et la belle sculpture de saint François d'Assise dans l'église. Un patrimoine exceptionnel et encore bien vivant !

Après l'ivresse des cimes, pourquoi ne pas descendre un peu vers ces deux autres très beaux villages de montagne, Aiguilles et Ceillac ? Aiguilles (D 5 et D 947) est réputé pour son animation, son artisanat, sa foire aux livres et ses villas bourgeoises de la Belle Époque. Ceillac, lui (D 5, D 902 et D 60), est surnommé le "phénix du Queyras". Plusieurs fois détruit par le feu puis submergé par les inondations de 1957, ce village a en effet toujours su renaître en sauvegardant son caractère traditionnel, notamment sous l'impulsion de son maire Philippe Lamour, fondateur en 1977 du Parc Naturel Régional du Queyras. Situé à 1650 m d'altitude au bord d'un ancien glacier, Ceillac abrite une école de ski réputée. Ses moniteurs se feront un plaisir de vous sortir des "pistes battues" en vous initiant à la randonnée en raquettes dans le vallon du Mélezet, à l'escalade sur cascades gelées ou... à la plongée sous la glace du lac Sainte-Anne (2415 m).
 
Deuxième jour : le télémark, une manière originale de "sentir" la montagne
 
Pour les amoureux de la région, la ferme de Gaudissard est une institution. Fondée à Molines en 1969 par Bernard Gentil, un pasteur de Haute-Saône venu évangéliser le pays, cette auberge fut le premier centre de ski de fond de France. "Dans les premières années, explique Bernard Gentil, on animait un peu le centre comme une paroisse. On poussait les gens à se bouger. On croyait à l'effort, à cette façon de découvrir la montagne. Il y avait une éthique. C'était pas le même évangile, mais c'était l'évangile quand même."

Son petit-fils David a repris le flambeau et a su perpétuer cet esprit, notamment à travers l'initiation au télémark dont il est l'un des meilleurs spécialistes en France. Parler d'effort est en l'occurrence un euphémisme car, pour les puristes du télémark, on ne descend que ce que l'on a monté, skis aux pieds... Pour bien démarrer la journée, nous vous conseillons de passer la nuit sur place. Au petit matin, David vous équipera de l'indispensable ARVA (appareil de recherche de victimes en avalanche), collera sous vos skis les peaux de phoque et vous conduira en camionnette au torrent de l'Aigue Blanche, point de départ de la randonnée. La montée à travers le bois de Pisan est lente, grisante, dans un silence absolu : "mieux vaut marcher lentement et arriver jusqu'au bout". Le bout ? C'est, après 3 ou 4 heures de marche (selon votre forme), la crête de la Combe Arnaude qui domine toute la vallée. Une vue splendide sur le Pic de Rochebrune (3083 m), le Bric Bouchet (2997 m) et le village de Saint-Véran, juste en face. Si la neige est trop dure, David vous conseillera de fixer à vos skis des couteaux. Puis vient l'heure du casse-croûte au soleil, le bonheur.
 
Si la montée est une question d'endurance, la descente, elle, est une affaire de technique et de style. Le télémark se distingue en effet du ski alpin par le talon libre, ce qui oblige à un virage complètement différent. En fait, c'est le ski des origines, tel qu'il était pratiqué autrefois en Norvège, avec des skis longs sur une neige molle. Le but est de pouvoir tourner de manière fluide, en faisant passer le ski côté montagne derrière le ski côté vallée, d'où cette sensation étrange de partir en avant... Le torse doit toujours rester dans l'axe de la descente, c'est le bassin et les jambes qui tournent. Bien pratiqué, le télémark est un ski très beau à voir, une sorte de danse "très au contact de la neige" nous dit David. Moins prosaïquement sportif que le ski alpin, le télémark est parfaitement adapté au relief sauvage du Queyras.

* À l'origine de ce que l'on appelle "verrou glaciaire", il y a un fleuve de glace qui glisse au ralenti. La masse du glacier rabote les bords et le fond de la vallée. Une roche plus dure que celles qui l'entourent résiste mieux et va être dégagée par l'érosion. Quand le glacier se retire après un réchauffement climatique, le rocher ferme la vallée, comme un verrou.
** D'après la légende, Louis XIII, se rendant en Italie en 1629, se serait arrêté dans cette auberge. Il aurait trouvé l'omelette fort chère et aurait été surpris de la rareté des oeufs. Il lui fut répondu que ce n'était pas les oeufs qui étaient rares dans ce pays mais Sa Majesté... Au-delà de l'anecdote, ce lieu-dit marque la fin des gorges du Guil et permet une halte agréable pour admirer le paysage.
*** En 1997, Philippe de Broca y a tourné Le Bossu avec Daniel Auteuil.
**** Aujourd'hui encore, le Queyras et le Piémont sont liés par un patois, des coutumes, des fêtes et un amour de l'indépendance communs. Pour en savoir plus sur les événements culturels organisés entre les deux régions, se renseigner auprès de l'Office de promotion du tourisme en Queyras.
 
 
Le Queyras est situé dans les Alpes du Sud entre Gap et Briançon. On y accède par la N 94.
Pour y aller en train de Paris : TGV jusqu'à Valence puis train régional en direction de Briançon. Ou trains de nuit directs en direction de Briançon, arrêt à la gare de Mont-Dauphin-Guillestre.

Office de promotion du tourisme en Queyras
Maison du Queyras 05470 Aiguilles
Tél. : 04 92 46 76 18
www.queyras.com
www.gaudissard.queyras.com

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