Entre Loire et Rhône, cette ancienne pionnière de la Révolution industrielle séduit autant par sa tradition du design (encore bien vivante) que par sa vie culturelle, ses paysages, son accent et sa gastronomie…
À 62 km de Lyon et à 2 heures des gorges de l’Ardèche, Saint-Étienne bénéficie d’un environnement très riche qu’il faut prendre le temps d’explorer.
Ainsi, à l’Ouest, aux abords du Massif Central, c’est la plaine du Forez avec ses anciens volcans couverts de vignes, ses églises et ses prieurés du 12e s. fraîchement restaurés, ses gorges de la Loire propices au canoë-kayak, ses sources (Badoit, Parot, Saint Alban…) et ses fermes où l’on fabrique la fourme de Montbrison.
À l’Est, voici les 65 000 hectares du Parc Naturel Régional du Pilat, créé en 1974. Ses routes, traversant des paysages de forêts, de plaines et de rocs granitiques, vous conduiront vers les prestigieux vignobles de la Côte-Rôtie et de Condrieu plantés à pic au-dessus du Rhône…
Saint-Étienne ville de design
Première ligne de chemin de fer français (1827), première machine à coudre (1830), première bicyclette (1885), création de la mythique Manufacture des Armes et Cycles Manufrance (1885)… Saint-Étienne, jusqu’à la seconde moitié du 20e s., fut l’un des centres industriels les plus importants du pays. En 2000, elle fut classée « Ville d’art et d’histoire » pour son patrimoine historique et industriel magnifiquement réhabilité, à l’image des 46 000 m2 de l’usine de velours Giron aménagés en village d’antiquaires au centre-ville, ou du site minier du Puits Couriot (fermé en 1972) qui invite le visiteur à plonger dans l’univers du Musée de la mine.
Mais la création stéphanoise s’exprime aussi au quotidien à travers le design industriel, qu’il s’agisse de l’optique, de la mécanique ou de la création graphique.
Dans le domaine urbain, Saint-Étienne, déjà réputé pour son site de Firminy Vert (le plus vaste ensemble architectural réalisé en Europe par Le Corbusier) s’est également illustré avec l’École stéphanoise d’aménagement qui a rapporté à la ville le premier Prix national d’aménagement urbain en 1999. Chaque automne, la Biennale internationale du design attire plus de 120 000 visiteurs en une semaine. Le site de l’ancienne Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne est quant à lui actuellement réaménagé pour recevoir la future Cité du Design. À l’image de son immense musée d’Art moderne (le plus important de France après le Centre Georges-Pompidou) et de son centre-ville que traversent désormais deux lignes de tramway, Saint-Étienne est devenu une ville claire, ouverte et contemporaine où il fait bon vivre !
Pierre Petiot, l’un des derniers graveurs sur armes d’Europe
Les Stéphanois ont conservé un amour profond pour l’artisanat de précision. Ainsi en est-il de Pierre Petiot, Meilleur Ouvrier de France 1982, que nous sommes allés voir dans son atelier du quartier Saint Roch, l’ancien quartier des armuriers. Cet artisan passionné pratique depuis 50 ans un métier qui remonte à François 1er : graveur sur armes. Son art ? Transformer les armes qui lui sont confiées en véritables bijoux ! Ciselés, gravés et dorés à la loupe à partir de dessins extrêmement complexes, certains fusils sortant de son atelier nécessitent une patience absolue et valent donc parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Brejnev, la famille de Gaulle, François de Grossouvre (le responsable des « chasses présidentielles » à l’Élysée) firent graver leurs armes par Pierre Petiot. Celui-ci figure également dans le Guiness des Records pour avoir gravé « le plus petit fusil Hammerless du monde ».
Promenade dans le centre-ville historique
Loin des clichés qui lui collent à la peau (le passé minier, la désindustrialisation, l’épopée des Verts en 1976…), Saint-Étienne a réussi sa reconversion.
Son centre-ville, autrefois sombre et bruyant, a été restauré et redessiné. Avec la création de la deuxième ligne de tramway en 1992 (la première n’ayant jamais cessé de fonctionner depuis 1881), ses artères se sont mises à respirer à nouveau. En témoigne la très belle avenue de la Libération dont les immeubles « Modern Style » évoquent, à travers leurs façades sculptées, l’histoire industrielle et minière de la ville. Les trottoirs des rues ont aussi été élargis, comme ceux de la rue Michelet qui regorge de boutiques toutes plus chic les unes que les autres (les Lyonnais viennent y faire leur shopping du week-end, les prix étant plus attractifs qu’à Lyon !). Les rues piétonnes adjacentes, comme la rue Denis Escoffier, la rue des Martyrs de Vingre ou la rue Pointe Cadet, ont soudain révélé la beauté de leurs vieilles pierres du 17e s., à l’image de la statue de Saint Jacques de Compostelle.
Mais l’emblème de la ville est certainement la charmante Muse de Massenet, œuvre du sculpteur Joseph Lamberton (1867-1943) qui, au centre d’un petit square, célèbre la mémoire du compositeur stéphanois (1842-1912).
L’Opéra Théâtre de Saint-Étienne : un haut lieu de la vie culturelle régionale
Construit sur une colline verdoyante dont le belvédère offre un somptueux panorama sur toute la ville, l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne est considéré par les spécialistes comme le quatrième plus important opéra de France (250 levers de rideau annuels, 100 000 spectateurs et 10 000 abonnés). Visiter cette institution donne le sentiment d’entrer dans une grande « usine » bouillonnante d’activité, avec son orchestre symphonique répétant, ses chanteurs, ses danseurs, son équipe de costumières et ses menuisiers construisant les décors du prochain spectacle. L’acoustique, très performante, a été totalement repensée après l’incendie criminel de 1998. L’Opéra théâtre de Saint-Étienne brille dans le paysage lyrique international en mettant en valeur quelques perles méconnues ou oubliées du répertoire français. Ainsi, outre les 25 opéras de Jules Massenet (dont on ne connait aujourd’hui que Manon, Don Quichotte et Thaïs dans le meilleur des cas), l’Opéra de Saint-Étienne a présenté cette année en exclusivité un vrai petit chef d’œuvre : Le Roi d’Ys d’Édouard Lalo qui a attiré pour l’occasion des mélomanes du monde entier.
Musée d’Art et d’Industrie : toute la mémoire vivante de Saint-Étienne !
Installé dans un bâtiment Second Empire en plein centre ville, ce musée se visite avec passion des heures durant…
Plus qu’un musée figé, ce site splendide, dont la configuration a été repensée par l’architecte et designer Jean-Michel Wilmotte, nous plonge en effet dans l’histoire de Saint-Étienne dont les corporations d’ouvriers (passementiers, tisserands, armuriers) étaient réputées dans toute l’Europe pour leur savoir-faire (les meilleurs ouvriers possédaient d’ailleurs leur propre atelier à domicile). Après l’Empire, la passementerie connut un essor prodigieux avec l’invention des métiers à tisser Jacquard, magnifiques machines en bois que des ouvriers viennent à nouveau faire fonctionner sous les yeux ébahis des visiteurs de 7 à 77 ans…
Les salles consacrées à l’histoire de la bicyclette (ne pas manquer l’« hirondelle » Manufrance de 1891 tout en courbe !) et aux armes (3 000 pièces exposées dont l’exceptionnel fusil de chasse « Idéal Éclair » fabriqué à Saint-Étienne en 1889) se visitent également avec plaisir.
Petite excursion
Le temps d’une journée, au départ de Saint-Étienne, prenez donc l’A72 en direction de Champdieu. Ce village médiéval situé aux alentours de Montbrison abrite une superbe église romane fortifiée construite pour un prieuré bénédictin du 12e s. À l’intérieur, vous serez émerveillés par la beauté des fresques typiques du style roman auvergnat. Au sous-sol, sous le chœur, la crypte en pierre blanche parfaitement restaurée est également d’une harmonie admirable avec ses colonnettes à chapiteaux sculptés.
À 13 km de là, l’autre site à découvrir absolument est le prieuré de Saint-Romain-le-Puy dont l’architecture témoigne de l’intensité artistique des environs de l’An Mil, à la charnière de l’art carolingien et de l’art roman. Niché sur un ancien volcan qui domine toute la plaine, ce prieuré de granit rose brille au soleil et abrite des vestiges de fresques exécutées entre le 10e et le 15e s. Les vignes plantées sur les flancs du volcan produisent un vin blanc minéral qui rivalise avec les meilleurs condrieu ! (voir notre article gastronomie).
Opéra Théâtre de Saint-Étienne
Jardin des plantes
B.P. 237
42013 Saint-Étienne cedex 2
Tél. : 04 77 47 83 40
Musée d’Art et d’Industrie
2, place Louis Comte
42 000 Saint-Étienne
Tél. : 04 77 49 73 00
Pierre Petiot, graveur sur armes
Ce Meilleur Ouvrier de France qui travaille avec sa disciple Laure Bonneton-Guillet ne reçoit que sur rendez-vous.
41, rue des Francs Maçons
42 100 Saint-Étienne
Tél. : 04 77 37 21 07
Marc Zimmermann, maître horloger
Ce maître horloger passionné ne se contente pas de réparer les vieilles pendules Louis XV, il crée aussi d’étonnantes horloges sphériques et plates sans chiffres, sans aiguilles et sans moteur, fonctionnant grâce à un système de roulement à billes…
26, rue Denis Escoffier
42 000 Saint-Étienne
Tél. : 04 77 32 22 72
J’ai deux amours
C’est l’une des jolies boutiques de design et de décoration du centre-ville piéton. Vous y trouverez un métissage de toutes les matières et de tous les styles, de l’Art Déco au Pop Art.
1, rue Pointe Cadet
42 000 Saint-Étienne
Tél. : 04 77 21 00 57